Depuis le 22 juillet 2026, les internautes français voient apparaître les AI Overviews et peuvent utiliser le Mode IA de Google. Pour les marques, ces deux formats changent la donne : une réponse peut désormais satisfaire une recherche sans envoyer de visite vers le site cité. Aux États-Unis, où ces fonctionnalités sont déployées depuis deux ans, les entreprises ont déjà traversé plusieurs phases — contestation juridique, tentatives pour récupérer les clics, puis multiplication des tactiques de visibilité. Selon Karine Abbou, stratège en contenu et spécialiste de l’AI Search, ces réflexes se répètent en France, mais à un rythme plus rapide.
Le risque, explique-t-elle, est de traiter l’AI Search comme un simple chantier SEO ou de communication. Les enjeux dépassent les outils et les optimisations ponctuelles : ils touchent à la gouvernance, à la notoriété et à la façon dont les équipes marketing et commerciales travaillent ensemble. Un exemple concret : un site peut perdre des clics sans reculer dans les résultats, tandis que son activité commerciale continue de progresser. Pour préparer la suite, les marques françaises ont donc intérêt à tirer parti des erreurs déjà observées outre-Atlantique, plutôt qu’à reproduire les mêmes raccourcis. Karine Abbou détaillera ces enseignements à Intelligence Marketing Day Lyon, le 24 novembre 2026.
En bref : les erreurs des marques américaines face aux AI Overviews
- La baisse des clics ne signifie pas toujours une baisse des ventes : le trafic seul ne suffit plus à mesurer la performance.
- Confier le GEO à une seule équipe est risqué : contenu, SEO, relations presse, marque, ventes et données doivent être coordonnés.
- Publier davantage avec l’IA ne garantit pas une meilleure visibilité : les contenus génériques sont faciles à reproduire et peu différenciants.
- La notoriété compte autant que les optimisations techniques : les mentions par des sources crédibles et les communautés contribuent à la présence des marques dans les réponses IA.
- Les entreprises françaises peuvent gagner du temps en tirant des leçons des deux années d’expérience américaines.
AI Overviews en France : pourquoi le choc est plus rapide qu’aux États-Unis
Aux États-Unis, les marques ont eu du temps pour observer les effets des AI Overviews avant de composer avec de nouvelles habitudes de recherche. En France, AI Overviews et AI Mode ont été lancés le même jour, le 22 juillet 2026. Pour les équipes marketing, cette arrivée simultanée réduit la période d’adaptation : il faut analyser les évolutions de visibilité tout en repensant les réponses à apporter.
Le terrain était déjà marqué par les recherches sans clic. Selon les chiffres cités par Karine Abbou, 65,3 % des recherches Google en France se terminaient ainsi au début de 2026, contre 68 % aux États-Unis. Quelques semaines après le lancement, la couverture des AI Overviews dépassait déjà une recherche française sur deux selon SE Ranking. Ahrefs estimait qu’un point supplémentaire de couverture pouvait correspondre à environ un point de taux de clic en moins ; dans le secteur de la santé, une couverture de 22 % était associée à une baisse de 20 % des clics.
Ces indicateurs ne racontent pas toute l’histoire, mais ils invitent à regarder au-delà des positions. Un site peut conserver son classement et perdre des visites parce que la réponse s’affiche directement dans Google. Pour une PME fictive comme Atelier Nord, cela signifie qu’il faut suivre aussi les demandes de devis, les recherches sur son nom et les conversions, plutôt que de piloter uniquement au volume de sessions.
Les trois réflexes à éviter après la baisse du trafic organique
Karine Abbou décrit une séquence observée aux États-Unis et déjà perceptible en France : contester, chercher à récupérer les clics, puis tenter des raccourcis. Ces réactions sont compréhensibles, surtout lorsque les tableaux de bord virent au rouge. Mais elles risquent de détourner les équipes des changements plus profonds qui déterminent la visibilité à long terme.
| Réflexe observé | Pourquoi il peut échouer | Approche plus utile |
|---|---|---|
| Engager un bras de fer juridique | Les procédures peuvent défendre des intérêts légitimes, sans pour autant arrêter l’adoption d’un nouveau format par les internautes. | Suivre les évolutions juridiques tout en préparant l’organisation à de nouveaux parcours de recherche. |
| Tout faire pour récupérer les clics perdus | Les clics ne reviennent pas nécessairement, même après des mois d’ajustements. | Mesurer la contribution de la recherche aux conversions, aux demandes et à la notoriété. |
| Multiplier les outils et les tactiques GEO rapides | Un outil de suivi ou une campagne de relations presse ne remplace pas une stratégie transversale. | Définir un pilotage commun entre SEO, contenu, marque, RP, ventes et data. |
L’exemple de HubSpot, évoqué par Abbou, illustre l’intérêt de cette lecture plus nuancée : le trafic a baissé alors que le chiffre d’affaires continuait de progresser. À l’inverse, Business Insider aurait perdu 55 % de son trafic provenant de la recherche en trois ans et supprimé 21 % de ses effectifs. Ces cas ne sont pas directement comparables, mais ils rappellent qu’une baisse de visites peut avoir des conséquences différentes selon le modèle économique et la capacité de conversion.
Le bon réflexe n’est donc pas de nier la baisse ni de la dramatiser : c’est de comprendre ce qu’elle change réellement pour l’activité.
GEO et gouvernance : pourquoi le référencement seul ne suffit pas
Le GEO, souvent présenté comme le prolongement du SEO, comporte bien une dimension technique. Mais, selon Karine Abbou, le changement est aussi organisationnel : une IA s’interpose entre l’utilisateur et le site, tandis que la valeur d’une marque dépend davantage de sa présence dans des réponses générées et de sa réputation au-delà de son propre domaine.
Trois erreurs reviennent dans les stratégies américaines. La première consiste à confier tout le sujet aux équipes SEO, souvent très solides techniquement, mais qui ne portent pas toujours seules l’éditorial et le storytelling. La deuxième est de couper les budgets de contenu au premier recul du trafic. La troisième consiste à transférer l’ensemble des moyens vers les relations presse, comme si les retombées médiatiques pouvaient remplacer une stratégie pilotée par l’entreprise.
Pour Atelier Nord, notre PME fictive, la réponse ne serait pas de désigner un unique « responsable GEO » sans moyens. Il s’agirait plutôt de nommer un pilote capable de faire travailler ensemble les équipes de contenu, de référencement, de communication, de vente et de données, avec un sujet présenté à la direction. La visibilité dans les IA se construit à plusieurs ; elle ne se délègue pas entièrement à un service.
Contenu IA et AI Search : pourquoi publier plus peut coûter cher
Produire en volume grâce à l’IA semble efficace : plus de pages, donc plus d’occasions d’être cité. Pourtant, cette logique reproduit une stratégie d’avant ChatGPT à une vitesse supérieure. Google a introduit en mars 2024 une politique contre l’abus de contenu produit à grande échelle pour manipuler les résultats, qu’il soit rédigé par une personne ou généré par une IA. Des actions manuelles ont suivi à partir de juin 2025, et les mises à jour anti-spam de 2026 ont visé des sites reposant sur des productions massives, selon les éléments rapportés par Abbou.
Le contenu générique pose aussi un problème de différenciation. Si une page reprend des informations que Google ou ChatGPT peuvent déjà résumer en quelques secondes, elle apporte peu de raisons à l’IA de la sélectionner ou à l’internaute de visiter le site. Les systèmes peuvent extraire des passages précis plutôt que reprendre un article entier : un paragraphe interchangeable a donc peu de chances de se démarquer parmi des dizaines de formulations similaires.
Les chiffres cités par Abbou à partir d’une étude d’Orbit Media menée auprès de 1 042 spécialistes du marketing vont dans le même sens : 92,4 % déclarent utiliser l’IA pour produire du contenu, mais seulement 13,9 % estiment que leur blog obtient de bons résultats. L’usage de l’outil n’est pas, à lui seul, associé à de meilleures performances. L’IA peut accélérer la production ; elle ne remplace ni l’expertise, ni les données originales, ni un point de vue distinctif.
Une marque peut donc réduire le nombre de publications tout en augmentant leur valeur : publier une étude propriétaire, documenter un retour d’expérience client anonymisé, défendre une position argumentée ou partager des données utiles à son secteur. Un baromètre bien conçu peut fournir des éléments réellement citables, là où une série d’articles génériques ne ferait que répéter l’existant.
Notoriété de marque : un levier central pour apparaître dans les réponses des IA
La visibilité ne se joue pas uniquement sur le site de la marque. Karine Abbou insiste sur l’importance des sources tierces crédibles : médias, experts, vidéos, réseaux sociaux professionnels et forums spécialisés. Une mention cohérente dans plusieurs espaces peut contribuer à faire reconnaître une entreprise, même si elle ne s’accompagne pas toujours d’un lien cliquable.
Les marques américaines ont aussi redécouvert l’intérêt des rencontres physiques, des événements en petit comité et des communautés. Ce retour au terrain peut sembler éloigné du référencement, mais il nourrit la confiance, les recommandations et les conversations publiques qui rendent une marque plus identifiable. Pour une entreprise locale, cela peut passer par un atelier métier, un partenariat avec un acteur du quartier ou une rencontre utile à ses clients — et non par une campagne artificielle conçue uniquement pour obtenir des citations.
Le contexte français a ses propres sources d’influence. Reddit joue un rôle important dans les réponses de certaines plateformes américaines, mais son poids est plus limité en France ; LinkedIn, les médias et les forums spécialisés comptent davantage dans les sources francophones. La langue ajoute un autre défi : selon les observations citées par Abbou, ChatGPT consulte fréquemment des sources en anglais, quand Google privilégie davantage les contenus français pour des requêtes formulées en français. Une marque qui vise plusieurs marchés doit donc vérifier sa présence dans les langues réellement utilisées par ses publics.
La notoriété ne se fabrique pas en envoyant un grand nombre de communiqués : elle se construit par des preuves, des prises de parole utiles et des relations durables.
Budget marketing 2027 : les priorités pour rester visible dans les IA
Pour préparer les budgets de 2027, Karine Abbou recommande de ne pas créer une ligne isolée consacrée au GEO, mais de prévoir une réorganisation. L’objectif est de donner à l’AI Search une place dans les décisions de direction, avant même de disposer d’un mode d’emploi définitif. Attendre que toutes les règles soient stabilisées, c’est laisser les équipes avancer en silos pendant que les usages évoluent.
- Nommer un pilote transversal. Cette personne coordonne contenu, SEO, relations presse, marque, ventes et data, avec un accès aux décideurs. Elle évite que chaque équipe optimise ses propres indicateurs sans vision commune.
- Faire évoluer les KPI. Le trafic reste utile, mais il doit être complété par la présence de la marque dans les réponses IA, les recherches sur son nom et les conversions issues du trafic IA. Une baisse des visites ne doit pas conduire mécaniquement à couper un canal qui contribue encore aux ventes.
- Investir dans des contenus distinctifs. Études, données vérifiables, expertise métier et retours d’expérience offrent davantage de matière propre à la marque que des pages génériques produites au kilomètre.
- Développer sa présence hors de son site. Médias, spécialistes, YouTube, LinkedIn et communautés sectorielles peuvent renforcer la crédibilité. Les sources pertinentes doivent être cartographiées pour chaque langue et chaque marché.
- Garder des fondamentaux techniques solides. La notoriété ne dispense pas d’un site bien structuré : les systèmes d’IA s’appuient aussi sur des contenus accessibles et correctement indexés.
- Se méfier des garanties de visibilité. Aucun prestataire ne peut promettre un résultat certain dans les réponses de Google, ChatGPT ou Perplexity. Demandez quelles données soutiennent ses recommandations et comment les progrès seront mesurés.
Un dernier changement se profile : les IA commencent à faciliter l’achat, pas seulement la découverte. Dans un parcours où un agent compare des offres, des informations claires, fiables et cohérentes deviennent essentielles. La marque qui facilite la compréhension de son offre se prépare autant à être recommandée qu’à être choisie.
Karine Abbou développera ces enjeux lors d’Intelligence Marketing Day Lyon, organisé par MV Group le 24 novembre 2026. Sa conférence, consacrée à la visibilité des marques dans les IA, reviendra notamment sur les pertes de trafic, l’évolution des contenus et les tactiques américaines à éviter.
Questions fréquentes sur les AI Overviews et la stratégie des marques
Quelle différence entre SEO et GEO ?
Le SEO travaille notamment le référencement dans les moteurs de recherche. Le GEO désigne les pratiques visant à rendre une marque et ses contenus visibles dans les réponses générées par les IA. Il s’appuie sur des bases SEO solides, mais implique aussi la notoriété, les sources tierces et une coordination plus large des équipes.
Faut-il publier davantage de contenus pour apparaître dans les AI Overviews ?
Pas nécessairement. Publier beaucoup de pages génériques peut diluer la qualité et exposer un site aux politiques anti-spam. Mieux vaut privilégier des contenus utiles et distinctifs : données originales, expertise vérifiable, études et retours d’expérience.
Quels indicateurs suivre si les clics organiques diminuent ?
Complétez le suivi du trafic avec la présence de la marque dans les réponses IA, les recherches associées à son nom, les demandes commerciales et les conversions issues des visites provenant des outils d’IA. L’objectif est de relier visibilité et résultats d’activité.
Qui doit piloter le GEO dans une entreprise ?
Le sujet ne devrait pas reposer uniquement sur le SEO ou la communication. Un pilote transversal doit coordonner contenu, référencement, relations presse, marque, ventes et données, avec un soutien de la direction.
Les entreprises françaises doivent-elles publier en anglais ?
Les marques qui visent des marchés internationaux ont intérêt à évaluer leur visibilité dans les langues utilisées par leurs publics. Certaines IA s’appuient fréquemment sur des sources anglophones ; la stratégie linguistique doit donc correspondre au secteur et aux marchés visés.