Dans un secteur tech en pleine métamorphose, l’intelligence artificielle s’impose désormais comme un levier de productivité incontournable. Pourtant, face à ces avancées, tous les professionnels ne bénéficient pas de la même manne temporelle ni financière. La récente étude européenne menée par Shakers révèle une fracture claire entre freelances et salariés. Tandis que près de 50 % des experts tech ont augmenté leur production d’au moins 26 % grâce à l’IA, la valorisation de ces gains diffère nettement selon leur statut. Les freelances, plus indépendants, parviennent à transformer ce temps gagné en revenus ou en meilleure qualité de vie, alors que bon nombre de salariés peinent à voir leur rémunération ou leur charge de travail évoluer en conséquence.
Ce décalage s’explique par des dynamiques propres à chaque statut. Là où les freelances ajustent aisément leurs tarifs à la hausse ou réduisent leurs journées pour optimiser leur équilibre, les salariés font face à une captation par leur employeur, à un alourdissement administratif, voire à des augmentations salariales rares. Cette réalité amène beaucoup de salariés à envisager une reconversion vers l’indépendance, en quête de plus d’autonomie et de reconnaissance. Dans ce contexte, comprendre les véritables retombées de l’IA sur les modes de travail devient essentiel pour quiconque s’interroge entre sécurité du salariat et liberté du freelance.
Impact mesurable de l’IA sur la production des professionnels de la tech
L’étude anglaise Shakers, réalisée auprès de plus d’un millier de professionnels en technologie issus de 23 pays européens, souligne une donnée frappante : 50 % déclarent que leur productivité a augmenté d’au moins 26 % grâce à l’IA, avec une frange significative (20 %) qui affiche plus de 50 % de gain. Cette hausse ne se limite plus à des expérimentations ponctuelles ; 73 % des répondants ont intégré des agents IA ou des workflows automatisés dans leur routine quotidienne.
Une adoption ancrée dans la durée, puisque 60 % des techniciens avouent ne plus pouvoir s’en passer. Et cela, malgré des chiffres précédents, comme celui du MIT en 2025, qui avaient laissé entendre que la majorité des projets d’IA générative en entreprise échouaient avant la mise en production. Ici, 63 % affirment avoir au moins la moitié de leurs projets d’IA opérationnels, et un tiers déclare même que la plupart, voire la totalité, de ces projets tournent effectivement.
Des écarts marqués entre freelances et salariés dans l’usage et la valorisation
Ce n’est pas la productivité qui différencie les deux groupes, mais ce qu’ils en font. Ces gains de temps et d’efficacité profitent très diversement :
- 68 % des freelances utilisent cette marge pour prendre plus de missions, augmenter leurs tarifs ou réduire leurs journées.
- Chez les salariés, 43 % seulement gardent ce bénéfice, tandis que 36 % voient ce temps capté par l’employeur et 21 % le perdent inévitablement dans les réunions et tâches administratives.
En parallèle, la reconnaissance monétaire s’avère elle aussi contrastée : 65 % des salariés n’ont reçu aucune augmentation liée à leurs gains de productivité tandis que 39 % seulement des freelances sont dans ce cas. Ceux qui ont vu leurs revenus croître constatent une hausse moyenne des tarifs de 25 % côté freelances contre 9 % côté salariés, témoignant d’un décalage profond dans la valorisation de l’IA.
Freelance vs salarié : tableau comparatif des avantages liés à l’IA
| Critère | Freelances | Salariés |
|---|---|---|
| Hausse moyenne des revenus liés à l’IA | +25 % (médiane 20 %) | +9 % (médiane 5 %) |
| Conservation du temps libéré par l’IA | 68 % du temps gardé | 43 % (temps gardé), 36 % (temps capté par l’employeur) |
| Usage quotidien d’outils IA | 73 % | 73 % |
| Augmentation salariale liée à l’IA | 61 % ont reçu une revalorisation | 35 % ont reçu une revalorisation |
| Part d’utilisateurs qui cachent leur usage d’IA | 25 % ne déclarent pas à leurs clients | 25 % ne déclarent pas à leur employeur |
Une tendance qui fait réfléchir les salariés à passer à l’indépendance
Le contraste des expériences nourrit des réflexions fortes chez les salariés. On apprend que 24 % d’entre eux envisagent sérieusement de devenir freelances dans les 24 prochains mois. Ce basculement potentiel s’explique principalement par la recherche de revenus plus justes et d’une autonomie accrue, des éléments clés parfois absents en entreprise malgré les avancées technologiques.
Cette quête d’indépendance est d’autant plus compréhensible que beaucoup ressentent un décalage dans la reconnaissance de leur travail facilité par l’IA. Cela souligne en creux la nécessité d’accompagner cette mutation par de nouveaux modes d’évaluation des performances et de rémunération.
L’usage de l’IA dans la tech : entre pratiques déclarées et invisibilisées
Un point méconnu : 25 % des professionnels de la tech ne communiquent pas à leur employeur ou à leurs clients la part d’IA intégrée dans leur travail. Cette retenue tient majoritairement à un silence tacite plutôt qu’à un refus actif. Seuls 1,2 % refusent de mentionner l’usage de l’IA, tandis que la majorité ne soulève simplement pas le sujet.
Paradoxalement, 37 % estiment que révéler leur recours à l’IA valorise leur profil, contre seulement 14 % qui craignent que cela nuise à leur image. Dans un scénario où l’IA serait soudain interdite, 14 % continueraient à l’utiliser en catimini, tandis que 6,3 % abandonneraient leur poste ou leur activité.
Liste des facteurs qui influencent la valorisation de l’IA dans le secteur tech
- Le statut du professionnel : plus d’autonomie pour les freelances leur permettant d’ajuster tarifs et charge
- La culture d’entreprise et reconnaissance interne des gains d’efficacité
- La transparence dans l’usage des outils IA pour renforcer la confiance
- Les compétences en intégration et industrialisation des projets IA
- Les négociations salariales ou commerciales autour des gains liés à l’IA
Quels sont les principaux obstacles à la reconnaissance des gains d’IA pour les salariés ?
En entreprise, le temps libéré par l’IA est souvent capté par l’employeur ou dilué dans des tâches administratives, limitant la reconnaissance salariale. Le manque de culture d’intégration peut aussi freiner les revalorisations.
Pourquoi les freelances tirent-ils mieux parti des avancées en IA ?
Les freelances peuvent ajuster leurs tarifs rapidement selon leurs gains de productivité, choisir leurs missions et optimiser leur temps, ce qui leur assure un meilleur retour financier et qualitatif.
L’usage de l’IA est-il toujours transparent auprès des employeurs et clients ?
Pas toujours, environ un quart des professionnels gardent le silence sur l’ampleur de leur recours à l’IA, souvent par habitude ou par absence de questionnements de la part des interlocuteurs.
Quels conseils pour les salariés souhaitant mieux valoriser leurs gains de productivité IA ?
Il est important de formaliser les résultats obtenus avec l’IA, de négocier des revalorisations basées sur ces résultats, et d’intégrer l’IA comme un levier stratégique dans ses missions.
Vous savez désormais quoi faire. À vous de jouer !
